Président de la République et ministre de la Défense : Assimi Goïta monte au front

Crédit photo, (Photo de MICHELE CATTANI/AFP via Getty Images)
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
- Temps de lecture: 6 min
Au Mali, l'appareil militaire sera désormais directement contrôlé par le président de la Transition. Après les récentes attaques qui ont émaillé le pays et coûté la vie au ministre de la Défense le général Sadio Camara, Assimi Goïta, président de la transition va dorénavant assumer personnellement le poste de ministre de la Défense.
Un décret lu à l'ORTM, la télévision publique malienne indique qu'il cumule désormais ses fonctions avec le portefeuille de la Défense.
Dix jours après l'attaque coordonnée des mouvements terroristes qui a visé plusieurs villes malienne et coûté la vie à l'ancien ministre de la Défense Sadio Camara, le président de la Transition Assimi Goïta a décidé de prendre le contrôle de l'appareil militaire.
A travers un décret lu à la télévision publique, il endosse désormais le poste de ministre de la défense cumulativement à son poste de président de la Transition, chef suprême des armées.
Selon un autre décret, le général Oumar Diarra est chargé de l'appuyer en sa qualité de "ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens combattants".
Depuis le coup d'Etat d'août 2020 qui a renversé Ibrahim Boubacar Keita, Assimi Goïta, est au-devant de la scène politique et sécuritaire au Mali.
Du grand nord, à Koulouba, le parcours d'Assimi Goïta

Crédit photo, (Photo by MALIK KONATE/AFP via Getty Images)
Depuis la colline de Koulouba siège du palais présidentiel du Mali qu'il s'est emparé depuis 2020, Assimi Goïta va désormais assurer les opérations de lutte contre les mouvements terroristes qui ont redoublé leurs attaques contre plusieurs villes maliennes ces derniers temps.
Agé de 43 ans, Goïta, qui a renversé avec ses camarades militaires le président Ibrahim Boubacar Keita, prend le contrôle des opérations, ce qu'il a effectué durant une bonne partie de sa carrière militaire.
En effet, avant de servir dans le Bataillon autonome des forces spéciales du Mali (BAFS) à partir de 2014, il a effectué de nombreuses opérations dans le nord du pays, notamment à Gao, Tombouctou, Kidal, Meneka et Tessalit.
Nommé par Amadou Toumani Touré en 2011 en tant que commandant de la 2eme compagnie de soutien, il était chargé de Tessalit.
Entre 2011 à 2013, il a commandé la 2eme compagnie de soutien, puis le 37e régiment de Transport.
Sur les traces de papa
Le Général l Assimi Goïta est un fils d'officier qui suit l'exemple de son papa et entre en 1992 au Prytanée militaire de Kati. De là-bas, il est orienté à l'Ecole militaire combinée de Koulikoro.
Il en sort spécialisé en armes blindées et en cavalerie et bénéficie de bourses qui lui permettront de suivre des formations aux États-Unis, en France et en l'Allemagne.
Chef du Bataillon autonome des forces spéciales de l'armée malienne, Goïta a fait ses armes dans le centre du pays où il a combattu les djihadistes.
Il sera nommé en novembre 2015 au poste de coordinateur des opérations spéciales au ministère de la Défense. Et ce, à la suite de l'attaque d'Aqmi contre l'hôtel Radisson Blu de Bamako.
Auteur de deux coups d'Etat en neuf mois

Crédit photo, (Photo : ANNIE RISEMBERG/AFP via Getty Images)
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
C'est par une annonce à la télévision publique (ORTM) que les Maliens ont appris que l'homme fort de la junte a destitué les autorités de la transition censées mener le pays vers des élections au bout de 18 mois après le renversement d'Ibrahim Boubacar Keita.
Colonel à l'époque, Assimi Goïta avait reproché au président Bah N'Daw et au Premier ministre d'alors Moctar Ouane, de ne pas avoir réussi à éviter les grèves nationales et les accusant de saboter la transition du pays.
Il ajoutait qu'ils auraient dû le consulter avant d'annoncer un nouveau gouvernement.
"Suite à une crise de plusieurs mois au plan national prenant en compte des grèves et manifestations diverses des acteurs sociaux et politiques, le gouvernement dirigé par Monsieur Moctar OUANE, s'est montré incapable de constituer un interlocuteur fiable, susceptible de mobiliser la confiance des partenaires sociaux", indique le communiqué du colonel Assimi Goïta.
Selon lui, une telle démarche témoigne d'une volonté manifeste du président de la transition et du Premier ministre d'aller vers une violation de la charte de transition, contrairement au serment prêté lors de son investiture le 25 septembre 2020.
"Nonobstant les interpellations et négociations diverses engagées par le vice-président auprès des chefs d'Etat de la sous-région et de certaines chancelleries présentes au Mali en vue d'amener le Président de la transition et le premier ministre à respecter les prescriptions de la charte de transition, ceux-ci sont restés persistants dans leur posture", poursuit-il.
Un jour avant, les deux dirigeants du Mali avaient été arrêtés et conduits à Kati sous bonne escorte militaire avant d'être libérés.
Suspension des partis politiques

Crédit photo, Photo by MICHELE CATTANI/AFP via Getty Images)
Aux premières heures de la démission forcée d'IBK Assimi Goïta est apparu à la télévision.
Entouré d'un groupe de jeunes officiers dont les plus connus sont Modibo Kone, Malick Diaw, Sadio Camara et Ismael Wague, le porte-parole du CNSP, Assimi Goita déclarait à l'époque que les putschistes "n'ont pas droit à l'erreur".
Après avoir mené un premier coup d'État, il a été contraint sous la pression internationale de mettre en place un gouvernement de transition qu'il a fini par renversé lors d'un second coup d'Etat.
Après avoir promis un retour à l'ordre constitutionnel après une transition de quatre ans, la junte militaire a remis aux calendes grecques l'organisation d'élections au Mali.
Le 13 mai 2025, la junte militaire au pouvoir au Mali, a officialisé la dissolution de tous les partis politiques et des « organisations de nature politique » par un décret présidentiel.
Cette décision, motivée par la réorganisation de la vie publique et des "assises nationales", suspend toute activité politique, y compris celle des associations.
Cette mesure radicale, qui met fin au pluralisme démocratique, fait suite à une série de restrictions contre les voix dissidentes, les médias et la société civile.





















