Que savons-nous de l'enlèvement de Me Mountaga Tall, figure reconnue du barreau de Bamako

Crédit photo, Compte Facebook de Mountaga Tall
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
- Temps de lecture: 5 min
C'est à travers un communiqué rendu public dimanche, que la famille de l'avocat malien Me Mountaga TALL, une des grandes figures du barreau de Bamako informe l'opinion publique nationale et internationale de son ''enlèvement'' à son domicile dans la nuit du samedi 2 mai 2026 par des individus armés et encagoulés et circulant à bord de véhicules non immatriculés.
Au cours de cet enlèvement qualifié de ''musclé'', son ''épouse a été brutalisée, son téléphone confisqué'' indique la famille qui dit ''ignorer l'identité et la qualité'' des individus venus enlever Me Mountaga Tall, une des rares voix critiques contre le régime des militaires de Bamako.
Ce que l'on sait des circonstances de son enlèvement
Les informations relayées par le communiqué de la famille font état de personnes circulant à bord de deux véhicules.
« Deux hommes cagoulés sont venus et l'ont emmené (samedi soir). Ils sont partis avec lui. Nous avons porté plainte pour « enlèvement » », a déclaré à l'AFP un membre de la famille de Me Tall, précisant qu'ils avaient été témoins de la scène.
L'avocat aurait été enlevé de son domicile de Bamako, au quartier Faladié, par des hommes encagoulés et n'ayant visiblement pas présenté leur identité.
Selon le communiqué, la famille a saisi sans délai le Bâtonnier de l'Ordre des avocats et procède actuellement à la constitution d'une équipe de défense, composée de conseils nationaux et internationaux, afin d'assurer la protection des droits de Me TALL par toutes voies de droit.
A ce stade, ''la famille demeure dans l'impossibilité d'obtenir la moindre information fiable sur son lieu de détention, son état de santé ou sa situation juridique''.
''Cette opacité fait redouter une privation de liberté opérée hors de tout cadre légal'' mentionne le communiqué qui fait remarquer que ''la police et la gendarmerie ont été saisies officiellement'' de cet enlèvement.
''Sa femme, qui tentait de photographier son arrestation, a été brutalisée par ces hommes cagoulés, qui lui ont également pris son téléphone, a ajouté un autre membre de la famille.
La famille de Mountaga Tall a déclaré être dans ''l'impossibilité d'obtenir la moindre information fiable sur son lieu de détention, son état de santé ou sa situation juridique''.
''Cette opacité fait redouter une privation de liberté opérée hors de tout cadre légal''.
Qui est Me Mountaga Tall ?

Crédit photo, Compte Facebook de Me Mountaga Tall
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Mountaga Tall, est un avocat célèbre du barreau de Bamako. Il est également un homme politique président du Congrès National d'Initiative Démocratique Faso Yiriwa Ton (CNID-FYT).
Né à Ségou le 10 Décembre 1956, Me Mountaga Tall est un membre de la grande famille Tall, présente au Mali et au Sénégal majoritairement et descandant d'El Hadj Oumar TALL, un résistant colonial et qui a mené une conquête d'islamisation à partir du nord du Sénégal jusqu'au Mali au XIXeme siècle.
Mountaga Tall était également un membre du mouvement M5, qui a joué un rôle majeur dans les manifestations qui ont contribué à la chute du régime de l'ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en 2020.
Proche de la junte militaire, il a par la suite pris ses distances avec le régime, dont il est devenu l'une des voix les plus critiques jusque-là.
Figure reconnue du barreau de Bamako, Me Mountaga Tall intervient dans plusieurs dossiers à forte résonance publique, dont celui concernant l'ancien premier ministre Moussa Mara accusé d'avoir comploté contre la junte militaire.
C'est lui qui assure aussi la défense de plusieurs soldats arrêtés ces derniers mois par la junte pour « tentative de déstabilisation des institutions ».
L'avocat est également à l'origine de plusieurs recours devant les juridictions maliennes visant à contester la dissolution des partis politiques décrétée par le régime militaire.
Au Mali, il est également connu pour avoir été un acteur de la contestation populaire qui a renversé le régime de Moussa Traoré en1991.
Une vague d'arrestations

Crédit photo, Présidence du Mali
Les 25 et 26 avril derniers, le Mali a fait l'objet de nombreuses attaques coordonnées des groupes armés notamment le Front de Libération de l'Azawad (FLA) et le JNIM qui ont visé plusieurs villes du pays dont Bamako et Kati, une ville garnison, considérée comme étant le centre du pouvoir de la junte militaire, causant la mort Sadio Camara, ministre de la défense, une des figures populaires de la junte militaire.
Une semaine après ces attaques, une enquête a été ouverte.
Selon le parquet, les premières éléments révèlent des « preuves solides » de la « complicité » de certains militaires, accusés d'avoir participé à « la planification, la coordination et l'exécution » des attentats, avec la participation présumée de certains acteurs politiques, dont la figure de l'opposition en exil Oumar Mariko, ancien député et ancien candidat à la présidence.
Le tribunal militaire de Bamako a déclaré que plusieurs soldats avaient été arrêtés en lien avec les attaques d'avril et a évoqué l'implication de personnalités politiques dans ces faits.


























