Vous visualisez une version texte de ce site web qui utilise moins de données. Voir la version principale du site, avec toutes les images et vidéos.
Diomaye Faye - Ousmane Sonko : cohabitation douce , confrontation ou crise institutionnelle : quel avenir après la rupture ?
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Digital Journalist BBC Afrique
- Published
- Temps de lecture: 16 min
La rupture au sommet de l'État sénégalais entre le président Bassirou Diomaye Faye et l'ancien premier ministre Ousmane Sonko marque un tournant historique pour le modèle politique sénégalais tant vanté.
Le limogeage d'Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre fin mai 2026, suivi de son élection à la présidence de l'Assemblée nationale et du refus du PASTEF d'intégrer officiellement le gouvernement du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, consacre la fin du binôme « Sonko mooy Diomaye ».
Beaucoup d'interrogations émergent désormais sur l'avenir des relations entre les deux pôles du pouvoir, l'exécutif et le législatif, incarnés au plus haut niveau de l'État par deux anciens compagnons politiques devenus aujourd'hui des adversaires.
Le premier congrès du PASTEF, prévu ce 6 juin 2026, agira comme le premier révélateur des forces internes du parti face à cette fracture institutionnelle majeure.
Au-delà du destin politique des deux hommes, c'est désormais l'équilibre institutionnel du Sénégal qui interroge, mais aussi l'orientation du système politique sénégalais dans les années à venir.
Entre une coexistence pragmatique, une confrontation politique ouverte ou une rupture institutionnelle susceptible de rebattre les cartes du pouvoir, plusieurs scénarios se dessinent pour l'avenir du Sénégal.
BBC Afrique analyse les trois scénarios les plus plausibles.
Maintenant que la rupture politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko est consommée, une question s'impose : jusqu'où peut aller cette rivalité au sommet de l'État ?
Pendant plus de deux ans, le pouvoir sénégalais a reposé sur une architecture politique inédite : un président élu grâce au soutien de celui qui allait devenir son Premier ministre. Mais la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a fait éclater ce modèle.
Désormais, la question n'est plus de savoir si les deux hommes s'opposent, mais jusqu'où cette divergence peut conduire les institutions sénégalaises.
Entre coexistence prudente, affrontement politique et crise institutionnelle, trois scénarios se dessinent pour les mois à venir.
Scénario 1 : la ''cohabitation douce''
Parmi les différents scénarios envisageables après la rupture politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko figure celui d'une « cohabitation douce », une hypothèse d'ailleurs évoquée publiquement par Ousmane Sonko lui-même.
Malgré la dégradation manifeste des relations entre le chef de l'Etat et son ancien premier ministre, les deux camps pourraient choisir de préserver les équilibres institutionnels tout en poursuivant leur bras de fer politique.
Dans cette configuration, le président de la République et la majorité parlementaire dominée par Pastef continueraient à travailler ensemble malgré leurs divergences.
Ce qui voudrait dire que Bassirou Diomaye Faye consolide son autorité à la tête de l'État tandis qu'Ousmane Sonko dirige l'Assemblée nationale et continue d'exercer son influence sur une partie importante de la majorité parlementaire.
Les projets de loi présentés par le gouvernement seraient adoptés par l'Assemblée nationale, les budgets votés sans difficulté majeure et l'action de l'exécutif pourrait se poursuivre sans blocage institutionnel significatif.
Mais pour Dr Demba Guèye, maître de conférences à l'Université Cheikh Anta Diop et analyste politique, cette hypothèse apparaît aujourd'hui comme la moins crédible.
« Le premier scénario est celui de la cohabitation douce, théorisé par Ousmane Sonko. À mon avis, c'est le scénario le moins probable », estime-t-il.
Selon lui, les prochains mois seront marqués par l'examen de réformes et de projets de loi majeurs pour le Sénégal. Au-delà de leur portée politique ou économique, ces textes deviendront également des instruments de conquête et de consolidation du pouvoir.
« Les projets de loi qui seront examinés dans les prochains mois auront une importance considérable pour le pays, mais ils constitueront également des instruments de valorisation politique. Aujourd'hui, chaque camp raisonne en termes de gains politiques », explique-t-il.
Dans cette logique, chaque acteur chercherait à tirer le maximum de bénéfices de son positionnement institutionnel. La majorité parlementaire, forte de son contrôle de l'Assemblée nationale, pourrait être tentée d'utiliser ce levier pour renforcer son influence politique. De son côté, Bassirou Diomaye Faye chercherait à consolider son autorité présidentielle et à démontrer sa capacité à gouverner de manière autonome.
« D'un côté, les responsables de la majorité parlementaire cherchent à maximiser les bénéfices politiques qu'ils peuvent tirer de leurs actions à l'Assemblée nationale. De l'autre, le président de la République réfléchit lui aussi aux avantages politiques qu'il peut retirer des réformes et des initiatives qu'il mettra en œuvre », analyse Dr Guèye.
A cette compétition politique s'ajoute un élément institutionnel déterminant : la possibilité, pour le chef de l'État, de dissoudre l'Assemblée nationale à partir de la deuxième année de son mandat.
« Nous approchons également d'une échéance importante : le délai des deux ans à l'issue duquel le président pourra dissoudre l'Assemblée nationale. Dans ce contexte, chacun cherchera à se positionner stratégiquement pour renforcer son capital politique avant cette date », souligne l'universitaire.
Dans ces conditions, la coexistence harmonieuse entre les deux camps paraît difficile à imaginer sur le long terme. Les intérêts politiques des uns et des autres pourraient rapidement prendre le pas sur les impératifs de coopération institutionnelle.
« C'est pourquoi je considère que la cohabitation apaisée est peu probable », affirme Dr Guèye.
Pour l'analyste politique, les déclarations récentes d'Ousmane Sonko relèveraient davantage d'une stratégie de communication que d'une réelle perspective politique.
« Lorsque Ousmane Sonko évoque cette possibilité, il cherche surtout à gagner la bataille de l'opinion. Il veut apparaître aux yeux des Sénégalais comme un acteur responsable, pacifique et disposé à collaborer avec le chef de l'État. Mais, dans les faits, je ne pense pas qu'il croie réellement à cette option », conclut-il.
Dans cette lecture, la cohabitation douce constituerait moins un scénario politique réaliste qu'un positionnement destiné à rassurer l'opinion publique. Si elle reste théoriquement possible, elle apparaît aujourd'hui comme l'hypothèse la plus fragile tant les intérêts politiques du président Bassirou Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko semblent désormais appelés à diverger.
Pour le professeur émérite de science politique à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, Moussa Diaw, le Sénégal est entré dans une séquence politique sans précédent.
« Nous sommes dans une situation inédite au Sénégal », affirme-t-il, évoquant la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et le parti qui l'a porté au pouvoir avant de remporter les élections législatives de novembre 2024.
Selon lui, cette situation trouve son origine dans des divergences de fond apparues progressivement au sein de l'ancienne coalition au pouvoir.
« Maintenant, on se trouve dans une situation de réelle cohabitation entre un président de la République qui n'a pas de majorité et qui essaie de gouverner en élargissant ses alliés, et en face un Parlement dominé par le PASTEF qui a posé des conditions pour participer à ce gouvernement, mais les négociations n'ont pas abouti », analyse-t-il.
Cette nouvelle configuration réduit considérablement les marges de manœuvre du gouvernement dirigé par Al Aminou Lo.
« Un gouvernement qui n'a pas de majorité est un gouvernement fragilisé, qui ne peut pas se permettre un certain nombre d'attitudes relatives à des projets novateurs qui s'écartent de la ligne tracée par la majorité », souligne Moussa Diaw.
Dans ce contexte, il estime que le nouveau Premier ministre devra privilégier le compromis plutôt que le rapport de force.
« Il faudra que le Premier ministre Al Aminou Lo soit très habile, ne pas verser dans les rapports de force, car il n'a pas les moyens de le faire. Le Parlement, qui dispose d'une majorité absolue, peut à tout moment lui bloquer le chemin », prévient-il.
Pour autant, l'universitaire ne considère pas la crise institutionnelle comme une fatalité. Selon lui, l'avenir dépendra largement de la capacité des deux principaux acteurs à faire prévaloir l'intérêt national sur les rivalités politiques.
« Cette situation qui arrive au Sénégal, il faudra la gérer avec beaucoup de hauteur et de responsabilité pour éviter des blocages aussi bien du côté du président de la République que du côté du président de l'Assemblée nationale et éviter une crise institutionnelle », insiste-t-il.
Moussa Diaw rappelle que les deux institutions demeurent indispensables à la stabilité du pays.
« La présidence a ses prérogatives et l'Assemblée nationale dispose aussi de prérogatives institutionnelles. Chacun doit jouer son rôle en tenant compte de la nouvelle configuration et en mettant le Sénégal au-dessus de tout. »
Pour le chercheur, la Constitution offre un cadre permettant la coexistence des deux centres du pouvoir, à condition que chacun exerce ses responsabilités avec retenue.
« Chacun a ses prérogatives constitutionnelles et devrait les exercer avec beaucoup de responsabilité pour éviter justement des crises », estime-t-il.
Scénario 2 : Conflit ouvert entre l'Executif et le Legislatif
Pour Dr Demba Guèye, c'est aujourd'hui le scénario le plus plausible.
« Les premiers signaux sont déjà visibles. Lors de son discours inaugural à la tête de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko a multiplié les déclarations qui montrent sa volonté d'utiliser pleinement les prérogatives du Parlement », analyse-t-il.
L'universitaire estime que cette orientation était déjà apparue avant même la nomination de Sonko à la présidence de l'Assemblée nationale. Lors de son dernier passage devant les députés en tant que Premier ministre, celui-ci avait notamment évoqué la possibilité pour le Parlement d'adopter des textes visant à renforcer le contrôle des fonds politiques de la présidence.
« Lors de son dernier passage à l'Assemblée en tant que Premier ministre, à l'occasion des questions orales, il avait déjà affirmé que les députés étaient prêts à voter des textes visant notamment à renforcer le contrôle des fonds politiques de la présidence. J'y vois une forme de provocation politique », estime Demba Guèye.
Pour l'enseignant-chercheur, la question ne porte pas sur la légitimité du Parlement à légiférer, mais sur la portée politique d'une telle démarche dans le contexte actuel.
« Certes, l'Assemblée nationale peut voter des lois. Mais lorsqu'il s'agit de modifier des aspects touchant directement à l'organisation ou au fonctionnement de la présidence de la République, l'initiative devrait normalement venir de l'exécutif sous la forme d'un projet de loi, et non d'une proposition de loi parlementaire », explique-t-il.
Demba Guèye relève également un autre élément qui, selon lui, renforce l'hypothèse d'une montée des tensions : la volonté affichée par Ousmane Sonko de renforcer le contrôle parlementaire de l'action gouvernementale.
« Un autre élément de son discours renforce l'hypothèse de la confrontation : sa volonté affichée de contrôler étroitement l'action gouvernementale. En soi, il s'agit d'une mission normale de l'Assemblée nationale. Cependant, dans le contexte actuel, ce message peut être interprété comme un avertissement adressé à l'exécutif », affirme-t-il.
Cette lecture est également alimentée par les déclarations du leader de PASTEF sur les conditions d'une coexistence pacifique avec le chef de l'État. Selon Demba Guèye, Ousmane Sonko a fixé une ligne rouge politique claire.
« Ousmane Sonko a clairement indiqué que tant que le président de la République ne prendrait pas de mesures perçues comme hostiles à son camp politique, il n'y aurait pas d'escalade. Mais il a également précisé que si certaines décisions menaçaient les intérêts de son mouvement, l'Assemblée nationale utiliserait toutes ses prérogatives pour répondre. »
Dans cette configuration, chaque décision présidentielle susceptible de susciter un désaccord pourrait devenir un nouveau terrain d'affrontement entre les deux centres du pouvoir.
L'Assemblée nationale dispose en effet de plusieurs instruments constitutionnels susceptibles d'être mobilisés pour accentuer la pression sur l'exécutif.
« Il a déjà évoqué plusieurs instruments parlementaires : les commissions d'enquête, les convocations de ministres, les questions de contrôle, voire la motion de censure. Dans un contexte où l'Assemblée est dominée par une majorité favorable à Sonko, ces mécanismes pourraient devenir de puissants leviers de pression politique », souligne Demba Guèye.
Pour l'analyste, les différents discours prononcés par Ousmane Sonko ces dernières semaines dessinent déjà les contours de cette stratégie.
« A travers ses différents discours, il a ainsi rappelé l'ensemble des armes institutionnelles dont dispose l'Assemblée nationale. À mes yeux, cela signifie que les hostilités politiques ont déjà commencé. »
Toutefois, l'universitaire rappelle que le rapport de force institutionnel n'est pas équilibré. Si l'Assemblée nationale dispose de moyens importants de contrôle et de blocage, le président de la République conserve des prérogatives constitutionnelles beaucoup plus larges.
« Face à cela, le président de la République dispose lui aussi d'importants moyens constitutionnels. Je pense notamment à l'article 52 de la Constitution, qui prévoit des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave ou de dysfonctionnement des institutions », rappelle-t-il.
Selon Demba Guèye, l'avantage institutionnel demeure clairement du côté du chef de l'État.
« À mon sens, les armes constitutionnelles du chef de l'État sont plus puissantes que celles du président de l'Assemblée nationale. Si la confrontation s'aggrave et que le fonctionnement normal des institutions est compromis, le président pourrait invoquer cet article pour prendre des mesures exceptionnelles. »
Pour le chercheur, le scénario le plus vraisemblable reste donc celui d'un affrontement politique continu entre l'exécutif et le législatif, chacun cherchant à utiliser les leviers institutionnels à sa disposition pour renforcer sa position, sans pour autant franchir immédiatement le seuil d'une crise institutionnelle ouverte.
Les observateurs craignent une paralysie institutionnelle si les deux camps entrent dans une opposition frontale, ce qui pourrait rendre le pays ingouvernable jusqu'aux prochaines échéances électorales.
Demba Guèye note également que Sonko a clairement fixé une ligne rouge : tant que le président ne prend pas de mesures considérées comme hostiles à son camp politique, il n'y aura pas d'escalade. En revanche, toute décision perçue comme une menace pourrait déclencher une riposte institutionnelle.
Commissions d'enquête, convocations de ministres, questions d'actualité, contrôle budgétaire ou même motion de censure : l'Assemblée nationale dispose de plusieurs leviers susceptibles de compliquer l'action gouvernementale.
« À travers ses différents discours, il a rappelé l'ensemble des armes institutionnelles dont dispose le Parlement. À mes yeux, cela signifie que les hostilités politiques ont déjà commencé », analyse le chercheur.
Cette confrontation resterait néanmoins encadrée par les règles constitutionnelles et ne déboucherait pas nécessairement sur une paralysie du système.
Si les deux hommes ont longtemps incarné un tandem indissociable au sein du Pastef, plusieurs observateurs estimaient depuis des mois qu'une coexistence durable entre deux centres de pouvoir était difficilement soutenable.
Pour le politologue Toumani Traoré, les logiques institutionnelles finissent par transformer les acteurs eux-mêmes.
Dans une tribune publiée avant la rupture entre les deux hommes, il expliquait que « le système politique sénégalais exige une hiérarchie claire » et que « l'autorité du président n'est pas partagée ».
Docteur en Science Politique à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sa thèse de doctorat porte sur le sujet :"Le Système Politique Sénégalais à l'épreuve du parti PASTEF : une analyse sociologique de la « conjoncture fluide » entre 2021 et 2024".
En s'appuyant sur les travaux du sociologue Pierre Bourdieu, il estime que la fonction présidentielle produit un « habitus souverain » qui distingue progressivement le chef de l'État des responsables partisans.
Cette évolution pourrait rendre de plus en plus difficile un partage implicite du leadership. La cohabitation douce supposerait donc une discipline politique exceptionnelle et une volonté permanente de compromis de part et d'autre.
Traore estime que la crise trouve son origine dans la coexistence de deux légitimités distinctes. « La première est institutionnelle : celle du président élu et détenteur des prérogatives constitutionnelles. La seconde est politique et charismatique : celle d'Ousmane Sonko, fondateur du Pastef et principal artisan de la conquête du pouvoir. »
« Sonko a porté Faye au pouvoir. Mais Faye détient désormais un pouvoir discrétionnaire important », souligne le chercheur.
Cette dualité pourrait progressivement se transformer en compétition ouverte.
Sans provoquer immédiatement une crise de régime, cette confrontation pourrait ralentir les réformes promises et créer une instabilité institutionnelle permanente.
3. Une crise institutionnelle majeure
Quid d'une destitution du Président de la République?
Ce scénario est le plus radical et le moins probable, mais il pourrait entrer progressivement dans le vocabulaire politique si les tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s'aggravent, note l'analyste politique Dr Demba Guèye".
La destitution ne serait pas envisagée comme une issue immédiate, mais comme une menace politique ou un moyen de pression dans les rapports de force politique.
La Constitution sénégalaise encadre strictement cette procédure réservée notamment aux cas de haute trahison et nécessitant l'intervention de la Haute Cour de justice ainsi qu'un large consensus politique.
"Sur le plan politique, le scénario d'une destitution du président de la République peut être évoqué comme une hypothèse théorique, mais il paraît encore moins probable que la dissolution de l'Assemblée nationale".
Une crise institutionnelle voudrait dire que la rupture politique entre les deux hommes deviendrait si profonde qu'elle finirait par remettre en cause le fonctionnement normal des institutions. Les mécanismes constitutionnels seraient alors mobilisés comme des armes dans une lutte de pouvoir devenue totale.
Le cas échéant, l'Assemblée nationale pourrait devenir un outil de blocage systématique de l'action gouvernementale, rendant difficile le fonctionnement normal des institutions.
Mais Dr Demba Guèye souligne que la Constitution sénégalaise accorde au chef de l'État des moyens de réaction particulièrement importants.
Il cite notamment l'article 52, qui "permet au président de prendre des mesures exceptionnelles lorsque le fonctionnement régulier des institutions est gravement menacé."
Selon lui, les pouvoirs dont dispose le président de la République restent largement supérieurs à ceux du président de l'Assemblée nationale.
L'universitaire rappelle également que "l'architecture institutionnelle actuelle est en grande partie héritée des leçons tirées de la crise de 1962 entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Cette crise avait conduit à un renforcement significatif des pouvoirs présidentiels afin d'éviter qu'un affrontement politique ne débouche sur une paralysie durable de l'État."
Dans un scénario extrême, explique-t-il, le président pourrait invoquer les dispositions constitutionnelles relatives aux circonstances exceptionnelles, dissoudre l'Assemblée nationale et gouverner temporairement par ordonnance en attendant de nouvelles élections législatives.
Pour autant, Demba Guèye considère que ce scénario reste moins probable que celui d'une confrontation politique prolongée.
« La crise institutionnelle demeure possible, mais les mécanismes constitutionnels actuels donnent au président de la République des moyens importants pour reprendre l'initiative et rétablir le fonctionnement des institutions », conclut-il.
En d'autres termes, la question n'est peut-être pas de savoir si le Sénégal entrera dans une période de tensions politiques, mais plutôt jusqu'où ces tensions pourront aller avant que les mécanismes institutionnels ne soient activés pour y mettre un terme.
Une crise institutionnelle plus profonde reste envisageable, mais les mécanismes constitutionnels actuels donnent au président de la République des moyens importants pour reprendre l'initiative et rétablir le fonctionnement des institutions.
« Si les tensions institutionnelles devaient s'accompagner de mobilisations de rue ou de troubles politiques importants, tous les éléments pourraient être réunis pour permettre au chef de l'État d'invoquer l'article 52 et de dissoudre l'Assemblée nationale dans un cadre juridiquement défendable », souligne Dr Demba Gueye, Maître de conférences à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Pour l'heure, le Sénégal ne se trouve ni dans une cohabitation classique ni dans une crise institutionnelle. Il entre plutôt dans une zone d'incertitude inédite où deux légitimités issues d'une même victoire électorale cherchent désormais à définir laquelle doit prévaloir dans l'exercice du pouvoir.
Le scénario le plus vraisemblable reste celui d'une coexistence conflictuelle entre deux légitimités issues de la même victoire électorale.
La véritable question n'est donc pas seulement de savoir si Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko peuvent encore travailler ensemble. Elle est de déterminer si les institutions sénégalaises sont suffisamment solides pour absorber durablement la rivalité entre deux hommes qui, incarnaient il y a peu, un même projet politique et qui se retrouvent désormais à la tête de deux centres de pouvoir distincts, obligés de cohabiter.
L'avenir du pays dépend désormais de la capacité des deux hommes à gérer cette cohabitation inattendue entre l'exécutif et la majorité parlementaire.