Deux imams interdits de prêche au Burkina Faso

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC Afrique News
  • Published
  • Temps de lecture: 5 min

Il s'agit d'une mesure jusque-là inhabituelle annoncée par le gouvernement burkinabè. À travers deux arrêtés, le ministre d'État chargé de l'Administration territoriale et de la Mobilité a décidé, mardi, « d'interdire toute activité de prêche, de prédication et d'enseignement religieux » à Idrissa Sawadogo et Omar Sankara, deux prédicateurs islamiques bien connus au Burkina Faso.

Cette décision intervient dans un contexte marqué par l'adoption, par l'Assemblée nationale, d'une nouvelle loi encadrant les pratiques religieuses dans le pays, sans qu'un lien direct entre les deux mesures n'ait été officiellement établi.

Hasard du calendrier ou conséquence directe de la nouvelle loi encadrant les pratiques religieuses dans le pays ?

Omar Sankara et Idrissa Sawadogo ont fait l'objet d'une interdiction totale de prêche, de prédication et d'enseignement religieux sur toute l'étendue du territoire.

Les raisons du gouvernement

Selon le gouvernement, ces décisions, distinctes mais similaires, visent à sanctionner des « propos radicaux de nature à compromettre la cohésion sociale et le vivre-ensemble ».

Le gouvernement accuse les deux religieux d'être les auteurs de « propos radicaux de nature à compromettre la cohésion sociale et le vivre-ensemble ».

Cependant, aucun détail n'a été rendu public sur la nature exacte des propos incriminés, ni sur les circonstances dans lesquelles ces propos visés ont été tenus.

Qui sont les deux religieux Omar Sankara et Idrissa Sawadogo ?

Omar Sankara, âgé de 41 ans est un prédicateur religieux burkinabé connu pour ses enseignements religieux diffusés notamment via une plateforme numérique spécialisée dans la publication des prêches audio et vidéos dans plusieurs langues locales et en français.

Quant à Idrissa Sawadogo, il est âgé de 53 ans, et serait originaire de Bokin Song-Naba, un village situé dans une province nord du Burkina Faso.

Les deux hommes sont mis en cause pour des propos radicaux qu'ils auraient tenus, ce qui a poussé le gouvernement à prendre deux arrêtés ministériels distincts, mais formulés dans des termes identiques visant à leur interdire d'exercer le métier de prêcheur.

Aucune durée pour la levée de la mesure d'interdiction n'a été précisée, le document officiel se contentant d'indiquer ''jusqu'à nouvel ordre''.

Une nouvelle loi encadrant les pratiques religieuses dans le pays

L'interdiction de toute activité de prêche visant les deux religieux intervient peu après l'adoption, le vendredi 19 juin, par l'Assemblée nationale, d'une nouvelle loi encadrant les pratiques religieuses dans le pays.

Composé de 112 articles, ce texte prévoit notamment des sanctions à l'encontre de ceux qui diffusent des discours ou messages de haine, en particulier sur les réseaux sociaux.

Lors d'une conférence de presse tenue lundi, la directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, Mariam Sanogo Tounkara, citée par l'Agence d'information du Burkina (AIB), a précisé que cette loi relative à la liberté de culte « vise à encadrer les prêches et à permettre aux Burkinabè de vivre dans la cohésion sociale, l'unité nationale et le respect de l'ordre public ».

Elle a souligné que l'adoption de ce texte s'inscrit dans un contexte marqué par la montée des discours de haine, le développement de l'extrémisme et de la radicalisation religieuse, les tentatives de manipulation de la foi à des fins de division sociale ainsi que l'instrumentalisation des lieux de culte.

La responsable a également indiqué que ce nouveau cadre juridique introduit plusieurs innovations majeures visant à « renforcer les mécanismes de prévention et de répression des discours de haine, de l'extrémisme violent et de la radicalisation religieuse ».

Selon elle, la loi définit désormais les conditions de construction, d'ouverture et de fonctionnement des lieux de culte, tout en clarifiant les règles encadrant l'expression religieuse dans les services publics, les établissements scolaires, les structures de santé et les milieux carcéraux.

L'arrestation de Mohamad Ishaq Kindo, un iman influent

À la veille de la Tabaski (Aïd el-Kébir), Mohamad Ishaq Kindo, imam et prédicateur influent, avait été arrêté à Ouagadougou pour avoir critiqué le projet de loi encadrant les pratiques religieuses.

Selon plusieurs médias burkinabè, un enregistrement dans lequel il dénonçait ce texte avait été largement diffusé sur les réseaux sociaux. Il y appelait les autorités à « s'interroger davantage sur la portée de leurs actes avant d'agir », ajoutant : « Que chacun se méfie et s'abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n'as ni la force ni la puissance de Dieu. »

Quelques heures après son interpellation, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a appelé au calme, indiquant avoir entrepris des démarches auprès des autorités afin d'obtenir des éclaircissements et une issue favorable.

Malgré cet appel, plusieurs centaines de personnes ont manifesté pour exiger sa libération, avant d'être dispersées par les forces de sécurité à l'aide de gaz lacrymogènes.

Le Burkina Faso est confronté depuis plus d'une décennie à une situation sécuritaire fragile, marquée par des attaques de groupes armés. Par ailleurs, les violences ont parfois pris une dimension communautaire. En 2021, le ministère de la Justice avait indiqué que près de 4 600 conflits communautaires avaient été enregistrés entre 2018 et 2020.