Dette du Sénégal : ce que l'on sait du nouvel accord conclu avec le FMI

    • Author, Amadou Barry
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 7 min

En pourparlers directs avec le FMI depuis l'arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, l'absence d'entente commençait, ces derniers mois, à susciter l'irritation du côté de Dakar. Une impatience que le chef de l'État avait d'ailleurs exprimée lors d'une interview accordée à la presse nationale au début de l'année.

Le 1er septembre, c'est en grande pompe que le ministre sénégalais de l'Économie et des Finances, Cheikh Diba, a annoncé l'accord conclu avec le Fonds monétaire international.

Une bouffée d'oxygène pour les finances du pays, qui cherchent dans l'immédiat à réduire l'impact du service de la dette sur les finances publiques et à allouer davantage de ressources aux investissements ainsi qu'aux services essentiels, notamment l'éducation et la santé.

Il faut dire que la dette pèse lourdement sur l'économie sénégalaise. Les dépenses liées aux intérêts représentent un quart des recettes fiscales. Comme l'a illustré le ministre des Finances, sur 100 francs CFA perçus par l'État du Sénégal, qu'ils proviennent des recettes fiscales ou d'autres sources, 25 francs CFA sont consacrés au seul paiement des intérêts de la dette.

Que contient l'accord ?

Le mémorandum porte sur un programme d'une durée de 36 mois, d'un montant d'environ 2,2 milliards de dollars pour la période 2026-2029, selon un communiqué de l'institution.

Il s'agit d'un dispositif reposant sur trois piliers essentiels, selon Majdi Debbich, représentant du FMI au Sénégal, interrogé par un média sénégalais dans la foulée de l'annonce de l'accord : « le rétablissement de la soutenabilité des finances publiques à moyen terme, le renforcement de la gouvernance et de la transparence, notamment des finances publiques, et enfin la promotion d'une croissance inclusive et créatrice d'emplois ».

Le Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS)

Face à la presse, les autorités sénégalaises ont présenté l'accord comme un Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS).

Sous l'effet du poids de la dette et de la dégradation de la notation du pays par certaines agences, 25 % des recettes de l'État sont aujourd'hui consacrés au paiement des intérêts de la dette, selon le ministre Cheikh Diba.

« Ce sont autant de ressources qui ne peuvent pas être immédiatement affectées à nos hôpitaux, à nos écoles, à notre agriculture, au soutien de nos entreprises, aux infrastructures ou à la protection sociale », a regretté le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan.

Cette dette publique réduit également la capacité de l'État à faire face aux chocs extérieurs et à financer ses priorités nationales, a ajouté le ministère.

Selon Cheikh Diba, ce plan vise à améliorer le profil de la dette à moyen et long terme, à réduire les vulnérabilités liées à l'endettement public et à restaurer la capacité de l'État à financer le développement.

Le PTDS devrait également contribuer au règlement progressif des obligations de l'État envers ses fournisseurs. M. Diba a assuré qu'il permettra de réinjecter des ressources dans l'économie et de renforcer la trésorerie des entreprises du secteur privé. Une enveloppe de 300 milliards de FCFA est d'ailleurs prévue pour apurer une partie de la dette intérieure.

Restructuration ou traitement de la dette ?

Le Sénégal entend traiter sa dette sans recourir à la restructuration classique, une option souvent redoutée par les marchés et les investisseurs. C'est le message qu'a défendu le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, lors d'un point de presse.

Selon lui, le dispositif envisagé repose avant tout sur une initiative nationale. « C'est un plan qui ne pourrait pas être appliqué au Ghana, à la Zambie ou au Mozambique », a-t-il souligné, cité par le quotidien sénégalais Le Soleil.

Pour illustrer son propos, le ministre a eu recours à une métaphore médicale. La dette représente, selon lui, le « malade », tandis que la restructuration traditionnelle s'apparente à une intervention chirurgicale. Le Sénégal, a-t-il expliqué, privilégie une autre approche, comparable à un traitement administré progressivement afin d'obtenir un résultat similaire sans avoir recours à une opération lourde.

« Nous nous sommes dit que notre malade, nous ne voulons pas qu'il soit opéré pour laisser des séquelles », a-t-il déclaré. Le gouvernement mise ainsi sur une stratégie qui pourrait prendre davantage de temps, mais qui permettrait d'éviter les conséquences qu'il associe à une restructuration conventionnelle.

Pour l'économiste sénégalais Malick Sané, professeur titulaire des universités, le « traitement de la dette » constitue avant tout une nouvelle appellation. Il estime qu'il n'existe pas de différence fondamentale entre cette approche et une restructuration. « Le résultat sera le même », affirme-t-il.

Selon lui, l'objectif reste de mettre en place des mécanismes permettant de rendre la dette plus soutenable. Cela passera notamment par une réduction du déficit budgétaire, une baisse des dépenses publiques, une augmentation des recettes fiscales, dans un contexte de ralentissement de la croissance économique, ainsi qu'un meilleur ciblage des subventions.

L'ancien enseignant de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar estime également que l'État doit montrer l'exemple en réduisant son train de vie, notamment par la suppression de certaines agences jugées coûteuses. Une telle politique permettrait, selon lui, de relancer progressivement l'économie et d'atteindre les objectifs fixés dans le cadre du nouvel engagement sur les trois prochaines années.

« Restructuration, ajustement ou traitement de la dette », conclut l'universitaire, « l'État est avant tout dans la gestion de son narratif ».

Réserves et prudence

Au sein de la classe politique sénégalaise, les réactions n'ont pas tardé. Le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, devenu l'un des principaux opposants au régime, a exprimé des réserves sur les contours de l'engagement. Dans une publication sur Facebook, il a estimé que les annonces du FMI et du président Bassirou Diomaye Faye restaient « insuffisantes pour évaluer l'ampleur de l'accord proposé ».

Même prudence du côté de l'ancien ministre de l'Économie, Abourahmane Sarr, qui avait été en première ligne lors des négociations avec l'institution de Bretton Woods. « En attendant d'en connaître le détail, comme le réclame le législatif à travers le président de l'Assemblée nationale, nous pouvons retenir que le FMI, dans sa déclaration, réitère sa position sur la dette du Sénégal qu'il considère comme non viable », a-t-il réagi sur les réseaux sociaux.

Il a également critiqué l'approche des autorités actuelles : « Le changement se fait avec du neuf et l'État sénégalais, dans son organisation actuelle, a montré ses limites. Rétablir les équilibres, économiser des charges d'intérêts et redistribuer des ressources publiques ne changeront pas la réalité du pays. »

Les mêmes réserves sont exprimées par plusieurs acteurs de la société civile. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, Babacar Ba, président du Forum du Justiciable, une ONG engagée en faveur de la transparence, s'est félicité de cette avancée dans les discussions avec les bailleurs de fonds, tout en appelant à davantage de clarté sur les termes de l'accord.

« Par souci de transparence et pour l'histoire, il importe que les accords conclus avec le FMI soient pleinement portés à la connaissance du peuple », a-t-il souligné.

Le président de l'ONG 3D, Moundiaye Cissé, réclame lui aussi une totale transparence sur les engagements pris par les autorités. Pour cette figure de la société civile sénégalaise, « les citoyens ont droit à une information transparente sur le coût réel, économique et social de ce programme d'appui ».

Pour l'économiste Malick Sané, sans sombrer dans le pessimisme, l'accord pourrait avoir un coût pour les Sénégalais dans les prochains mois, voire les prochaines années.

Une fois l'accord approuvé par la direction et le conseil d'administration du FMI, l'État sénégalais est attendu sur une communication plus détaillée concernant son plan triennal, censé remettre l'économie sur une trajectoire plus favorable et relancer la croissance.