« Nous avons entendu les tirs pendant des heures » : à Bamako, les habitants racontent une matinée sous tension

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique
    • Author, Makuochi Okafor
    • Role, BBC News
  • Temps de lecture: 6 min

Il est un peu avant 6 heures du matin lorsque les premières détonations brisent le silence à Bamako.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, les habitants sont tirés du sommeil par des explosions suivies de tirs nourris.

« Nous nous sommes réveillés avec des attaques simultanées. Tout le monde a entendu ce qui s'est passé ce matin », raconte un résident.

Des combats opposent ce samedi 25 avril, les forces armées maliennes à des groupes armés dans et autour de la capitale Bamako, à la suite d'attaques simultanées visant des positions stratégiques, ont indiqué les autorités militaires.

Des explosions ont été entendues au quartier général de l'armée malienne à Kati. Deux détonations et des coups de feu ont retenti peu avant 6 h.

Selon des témoins contactés par la BBC, les échanges de tirs ont duré plus de quatre heures.

« Nous sommes tous au courant de ce qui s'est passé ce matin. Nos soldats ont vraiment accompli un travail remarquable. Chacun a vu comment ces djihadistes sont arrivés et ce qui s'est passé ensuite. Nous soutenons nos forces de défense et les félicitons pour tout ce qu'elles font. »

« Je suis chauffeur de camion-citerne entre la frontière et Bamako, et nous savons comment travaillent nos soldats. Nous voyageons en convois, à l'aller comme au retour. Même sur la route, nos soldats travaillent sans relâche. Ce qui s'est passé ce matin montre que les terroristes ont retenu la leçon. Nous félicitons nos soldats pour leur engagement et leur courage. »

« Ce matin, des terroristes ont attaqué nos soldats. Dieu merci, soldats et civils ont pu s'échapper sains et saufs. Nos soldats ont accompli un travail remarquable. Nous prions pour le Mali et pour nos soldats. Leur action de ce matin a comblé de joie la population. Ceux qui pensaient pouvoir imposer leur volonté au Mali ont reçu une réponse. Nous continuons de prier pour le Mali.»

Le quartier général de l'armée à Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamako, a également été visé par une attaque non revendiquée. Le colonel Assimi Goïta, arrivé au pouvoir à la suite des coups d'État d'août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta puis de mai 2021 contre les autorités de transition, réside dans la garnison stratégique de Kati.

« C'est une zone très sécurisée et le fait que des hommes armés aient pu y accéder est significatif. Ce n'est pas bon signe pour les autorités maliennes », a déclaré un analyste de sécurité à la BBC.

« Pendant plus de quatre heures, les tirs n'ont pas cessé »

La résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, aurait été détruite, selon des témoins. Une autre attaque a également visé une base militaire près de l'aéroport de Bamako, resté fermé durant toute la journée.

Au fil des heures, les témoignages convergent. Les échanges de tirs, selon plusieurs habitants contactés, ont duré plus de quatre heures.

Malgré l'annonce d'un retour progressif au calme par les autorités, des témoins ont déclaré à la BBC avoir entendu des tirs sporadiques jusque dans l'après-midi, signe d'une situation encore instable.

Parallèlement, dans le nord du pays, un porte-parole du Front de libération de l'Azawad (FLA) a revendiqué sur Facebook la prise de positions par l'armée malienne à Kidal et Gao, affirmant que « la bataille pour la libération a commencé ».

Dans un message publié sur X, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf a indiqué suivre "avec une profonde préoccupation les attaques signalées au Mali, qui ont ciblé la capitale, Bamako, ainsi que d'autres zones urbaines du pays".

Il a fermement condamné ces violences, soulignant qu'elles font peser "un risque important sur les populations civiles", et a réaffirmé l'engagement de la Commission en faveur de la paix, de la sécurité, de la bonne gouvernance et de la stabilité au Mali.

Attaques coordonnées à Bamako et dans d'autres localités

Des attaques coordonnées menées par des hommes armés ont visé samedi matin la capitale malienne et plusieurs autres localités du pays, selon l'armée, dans une opération d'ampleur inédite ces derniers mois.

Des explosions et des tirs nourris ont été entendus tôt samedi près de la base militaire de Kati, une importante installation située aux abords de Bamako.

Selon des habitants interrogés par l'agence Reuters, des soldats ont été déployés dans plusieurs quartiers de la ville et les routes menant vers des zones sensibles ont été bloquées.

L'un d'eux a confié à la BBC : « nous nous sommes réveillés avec des attaques simultanées aujourd'hui, dont deux à Bamako. »

Il n'est pas encore clair qui est à l'origine de ces attaques.

Communiqué de l'armée malienne

Dans un communiqué publié samedi matin, l'armée a indiqué que des « groupes armés terroristes » avaient pris pour cible « certains sites et casernes militaires » à Bamako ainsi que dans d'autres régions du pays. Elle précise que « les combats sont en cours » et que les forces de défense et de sécurité « repoussent actuellement les assaillants ».

Les autorités appellent la population à garder son calme et à rester vigilante.

Un voyageur de retour d'Éthiopie a déclaré à la BBC que tous les vols à destination de Bamako avaient été annulés samedi matin. On ignore encore si l'aéroport international Modibo Keïta a été directement touché.

Réactions internationales et contexte régional

L'ambassade des États-Unis au Mali a conseillé à ses ressortissants de « rester sur place » après les signalements d'explosions et de tirs près de Kati et de l'aéroport. Elle recommande d'éviter tout déplacement vers ces zones tant que la situation n'est pas clarifiée.

Ulf Laessing, responsable du programme Sahel de la Fondation Konrad Adenauer, a déclaré à la BBC qu'il s'agissait probablement de « la plus vaste attaque jihadiste coordonnée contre le Mali depuis des années ».

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, analysées par des groupes spécialisés en renseignement open source, suggèrent une possible coordination entre le groupe jihadiste JNIM et des rebelles touaregs du Front de Libération de l'Azawad (FLA).

Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, a affirmé sur les réseaux que ses forces avaient pris le contrôle de plusieurs positions à Kidal et Gao, tout en appelant le Burkina Faso et le Niger à ne pas intervenir. Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont récemment quitté la CEDEAO pour former l'Alliance des États du Sahel.

Cette nouvelle organisation vise à mutualiser les ressources, développer les infrastructures, créer un marché et une monnaie communs, et faciliter la libre circulation des personnes, avec l'objectif d'une intégration plus poussée à long terme.

Les trois pays sont actuellement dirigés par des gouvernements militaires issus de coups d'État successifs.

Depuis plus de dix ans, le Mali est confronté à une insurrection jihadiste. L'armée, qui a pris le pouvoir en 2021, avait promis de rétablir la sécurité et de repousser les groupes armés.

Le gouvernement dirigé par Assimi Goïta a depuis réorienté ses alliances, s'éloignant des partenaires occidentaux pour s'appuyer sur des mercenaires russes. Plus récemment, une coopération militaire avec les États-Unis a également été amorcée.