Vous visualisez une version texte de ce site web qui utilise moins de données. Voir la version principale du site, avec toutes les images et vidéos.
Ce que l'on sait de l'éboulement meurtrier d'une mine d'or à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine
- Author, Patricia KOUAKAP
- Role, BBC News Afrique
- Published
- Temps de lecture: 5 min
Le gouvernement de la République centrafricaine a suspendu les activités minières sur le site de Zamboï, où l'effondrement d'une mine a fait au moins 107 morts.
Cette mesure a été annoncée par le ministre des Mines et de la Géologie, Rufin Benam, qui s'est rendu sur les lieux de l'accident mercredi.
Tout en évaluant la situation sur le terrain, il a souligné les dangers liés aux pratiques minières irrégulières et a exhorté les mineurs à « respecter strictement les règles et normes de sécurité », selon un communiqué de son ministère.
Aucun bilan officiel n'a été annoncé dans ce communiqué.
« Compte tenu de la gravité de la situation, l'arrêt immédiat des activités minières sur le site a été ordonné, afin d'éviter toute nouvelle tragédie et de permettre aux services compétents de mener les enquêtes et les évaluations nécessaires », ajoute le communiqué du ministère des Mines et de la Géologie.
Les autorités ont également présenté leurs condoléances aux familles des victimes.
Ce qu'il s'est passé
Des vidéos du drame, partagées sur les réseaux sociaux, montrent une importante masse de terre s'effondrer et ensevelir sur son passage plusieurs orpailleurs artisanaux.
D'autres, pris de peur et de panique, tentent de fuir pour se mettre à l'abri, sous le regard impuissant de nombreux autres orpailleurs, également présents sur ce chantier minier à ciel ouvert.
"C'est catastrophique! Le sol s'est complètement écroulé et a enseveli des gens", a témoigné à l'AFP Cédric Mbango, un mineur de la mine de Zamboï.
Le bilan provisoire fait état de 107 morts, dont les corps ont été extraits des décombres, et de nombreux blessés, selon les autorités locales.
Les victimes sont des orpailleurs Camerounais et Centrafricains opérant sur ce site artisanal.
Le décompte exact du bilan pour chaque nationalité n'est pas encore connu. Interrogé par l'AFP ce mercredi, Laurent Ngon Baba, le député de Baboua, en Centrafrique, a admis qu'il leur était encore difficile, à ce stade, d'établir un bilan formel.
Du côté camerounais, le média public Cameroon Tribune fait état d'au moins quatre ressortissants Camerounais ayant perdu la vie dans cet éboulement.
Le Cameroun et la République Centrafricaine se mobilisent
L'accident s'est produit dans l'après-midi du mardi 18 août, précisément vers 15H00 GMT, dans la mine d'or artisanale de Zamboï, à environ 50 km de la ville centrafricaine de Baboua, à la frontière avec le Cameroun.
À l'Ouest de la Centrafrique, et à l'Est du Cameroun, les autorités administratives des deux côtés de la frontière se mobilisent.
Des rescapés ont été transportés à l'hôpital de Baboua, et les opérations de recherche et de secours, ainsi que d'identification des victimes se poursuivent.
"Nous travaillons en étroite collaboration avec nos collègues centrafricains pour gérer les suites de ce drame", a affirmé Grégoire Mvongo, Gouverneur de la région de l'Est Cameroun à la radio publique camerounaise, CRTV.
Dans un communiqué annonçant l'ouverture d'une enquête judiciaire, le parquet de Baboua a indiqué que l'éboulement aurait été provoqué par « l'effondrement de plusieurs galeries souterraines dans lesquelles des mineurs opéraient ».
Adamou Abdon, Maire de la Commune de Garoua-Boulaï, à l'Est du Cameroun, a également indiqué que de fortes pluies s'étaient récemment abattues sur la localité, fragilisant les sols.
Un drame qui aurait pu être évité...
Le danger avait pourtant été pressenti.
Depuis plusieurs semaines, des alertes avaient été lancées, notamment sur les réseaux sociaux. Mettant en garde contre les risques liés à l'exploitation de ce site, où des orpailleurs Camerounais et Centrafricains y exercent leurs activités dans des conditions de sécurité précaires.
De plus, il y a à peine trois mois, plus de 200 sites aurifères clandestins de la région avaient été fermés à la suite d'une opération menée par le ministre des Mines du Cameroun.
Mais les activités auraient repris après le départ des autorités.
L'éboulement de Zamboï n'est pas un cas isolé. D'autres effondrements de mines et éboulements ont déjà été signalés dans les mines de Centrafrique, ainsi que du Cameroun.
À l'Ouest de la Centrafrique et à l'Est du Cameroun, deux pays d'Afrique centrale, l'exploitation artisanale de l'or constitue une importante source de revenus pour plusieurs ménages. De nombreux mineurs se livrent ainsi à des conditions de travail difficiles, précaires et sans réglementation; s'exposant à divers risques et à des bilans de plus en plus lourds.
Il y'a de cela deux mois, en mi-juin, un effondrement similaire avait fait plusieurs dizaines de mort dans la mine d'or de Bé-Mbari, également à la frontière RCA-Cameroun, dans le département de Nana-Mambéré.