Vous visualisez une version texte de ce site web qui utilise moins de données. Voir la version principale du site, avec toutes les images et vidéos.
''J'ai décidé de subir cette ablation du sein… je n'ai plus rien à prouver à cette féminité'', Dr Fatma Guénoune
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
- Author, Alassane Dia
- Published
- Temps de lecture: 7 min
En ce début du mois d'octobre, Fatma Guénoune enchaîne les entretiens avec les médias.
Depuis qu'elle est engagée dans la lutte contre le cancer, elle sait qu'''Octobre rose'', cette campagne de sensibilisation contre la maladie, constitue un moment unique pour elle, celles et ceux qui se battent contre ce mal silencieux qui fait des ravages chez les femmes.
L'épreuve
Cette année, Octobre rose revêt une signification particulière pour cette femme, médecin à la soixantaine révolue, elle incarne depuis plusieurs décennies la lutte contre le cancer du sein au Sénégal.
En effet, Fatma Guénoune a découvert il y a quelques mois, à la suite d'un banal contrôle, qu'elle avait elle-même une tumeur cancéreuse.
''J'ai découvert ma tumeur par l'auto-examen, l'autopalpation'', déclare Dr Fatma Guénoune. ''Quand j'ai palpé mon sein, j'ai vu une masse qui n'était pas une masse régulière. Du coup, j'ai trouvé que c'était suspect et c'était un cancer'' relate-t-elle ne laissant aucune émotion l'envahir au moment de raconter son histoire.
''Je suis médecin, j'ai l'habitude de palper des seins, de palper des masses. Et quand j'ai palpé mon sein, cette tumeur-là, j'ai su que c'était un cancer'', précise Mme Guénoune, Médecin spécialiste des pathologies cervico-vaginales, engagée dans la lutte contre le cancer depuis plusieurs décennies.
Alors qu'elle consacre tout son engagement et toute son énergie à la lutte contre le cancer, à offrir des services de dépistage gratuits et un accompagnement aux femmes démunies atteintes de cette maladie, Fatma Guénoune doit désormais vivre et affronter la maladie en tant que patiente.
Une épreuve qu'elle a l'habitude de voir d'autres femmes affronter et qu'elle a acceptée personnellement de faire face à son tour en tant que croyante.
''J'ai rendu grâce à Dieu, parce que moi j'ai vécu le cancer dans ma chair, dans ma famille. J'ai accompagné des membres de ma famille vers la mort'' dit-elle.
Loin d'être déboussolée par l'apparition de cette tumeur à ce stade de sa vie, elle soutient n'avoir ''pas été déstabilisée''.
''J'ai l'habitude de dire, c'est docteur Fatma Guénoune qui a diagnostiqué la maladie de Fatma Guénoune et c'est le comportement que j'ai à l'endroit des malades'' explique celle qui dirige la LISCA, (Ligue sénégalaise contre le cancer) depuis plus de dix ans.
Elle déclare que la découverte de cette tumeur cancéreuse a renforcé sa foi. Fatma Guénoune s'estime même plus chanceuse que des milliers d'autres patientes car ''je n'ai pas eu à subir une chimiothérapie, ni une radiothérapie''.
Après le diagnostic, la décision radicale
Toutefois, elle a dû prendre une décision radicale en subissant une ablation des seins. ''J'ai pris cette décision parce que le cancer du sein est génétique chez moi. Donc, conserver un sein et où un cancer pourra survenir, ce n'est pas la peine. C'est vivre avec un stress permanent. Pour m'éviter de stresser, de faire un futur un autre cancer du sein, j'ai décidé de subir cette ablation bilatérale''.
''Je l'ai acceptée parce que je pense qu'à mon âge, je n'ai plus rien à prouver à cette féminité'' déclare Fatma Guénoune ajoutant ''n'avoir pas de scrupule à me montrer sans sein''.
Depuis qu'elle a subi cette ablation des seins, elle suit une hormonothérapie, un traitement qui va durer quelques années encore.
Interrogée sur la réaction de ses proches qui l'ont connue dans ce combat contre le cancer et qui doivent désormais la regarder en tant que patiente, Fatma Guénoune précise que ses proches ''ne croyaient pas à mon diagnostic''.
''J'ai un jeune frère qui pensait que je bluffais. C'est lui qui a énormément pleuré quand il m'a vu avec mes pansements parce qu'il n'y croyait pas'' au début.
Poursuivant son récit, elle raconte avoir gardé toute sa sérénité après le diagnostic final, ce qui a poussé beaucoup de personnes à se poser des questions sur sa maladie.
''Ma sœur par exemple, elle me dit pourquoi tu n'as pas pleuré ? Je lui ai dit, si je pleure qui va vous réconforter ? D'habitude c'est moi qui vous réconforte, vous ne pouvez pas me réconforter, donc je suis obligée d'être forte pour moi et pour vous''.
Le fait d'être personnellement affecté par une maladie que l'on combat tous les jours aurait pu changer son regard. Que nenni.
L'histoire d'un engagement contre le cancer
''Mon regard n'a pas changé, au contraire, j'ai toujours soutenu les femmes qui étaient dans le besoin, des femmes malades, des femmes démunies qui ne pouvaient pas se soigner'' rappelle Dr Fatma Guénoune.
Un engagement qu'elle a eu en tant que médecin et qui l'a conduit à faire de la lutte contre le cancer, son cheval de batail et à rejoindre la LISCA qu'elle dirige maintenant depuis plus d'une décennie.
Au sein de cette organisation, elle avec ses camarades de l'association cultive un esprit de solidarité envers toutes les femmes atteintes de cancer face à l'adversité de ce mal.
''Nous croyons qu'ensemble, nous pouvons surmonter les défis et apporter du réconfort à ceux qui en ont le plus besoin. Chaque geste, chaque don, chaque action, qu'elle soit petite ou grande, renforce le tissu solidaire qui soutient ceux qui luttent contre le cancer''
''Le cancer est une maladie redoutable, mais l'espoir est notre moteur. Nous savons que chaque progrès, chaque victoire, chaque recherche menée contribue à un avenir meilleur. Nous croyons qu'avec le soutien de tous, de l'espoir naît la guérison'' indique l'organisation.
Faire entrer le dépistage dans les habitudes
Environ 2 220 nouveaux cas et plus de 1 300 décès sont rapportés chaque année au Sénégal, selon les chiffres avancés par la LISCA.
Les malades démunies qui arrivent à la LISCA cherchent une oreille attentive, un accompagnement dans la prise en charge de cette maladie dont les coûts médicaux directs moyens sont estimés à 5,3 millions de FCFA pour le traitement du cancer du sein.
Lorsque le dossier d'une patiente est accepté après une enquête, l'organisation prend en compte les produits de chimiothérapie, les intrants, les analyses, les scanners, l'intervention chirurgicale, la radiothérapie, le suivi post-thérapeutique et assure un soutien psychologique aux patientes.
Face au poids du cancer du sein, la LISCA intensifie ses actions de prévention et mise sur le dépistage précoce qui demeure à ce jour l'arme la plus efficace pour sauver des vies et alléger le fardeau financier qui pèse sur la tête des familles des personnes atteintes de cancer du sein.
Au Sénégal, 70 à 80 % des cas de cancer du sein sont diagnostiqués à un stade avancé, rendant la rémission quasi impossible.