Moment de dégel : Niamey et Cotonou sur la voie de la réouverture de leurs frontières

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC Afrique News
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  • Temps de lecture: 7 min

Après trois ans de tension ayant entrainé un blocus frontalier entre les deux pays, le Niger et le Bénin laissent entrevoir une réouverture prochaine de leurs frontières communes.

Au terme de deux jours d'échanges à Cotonou ce weekend, les deux pays ont annoncé des avancées significatives sur la question de la sécurité et le transit des marchandises, après une crise politico-économico-diplomatique qui les avait opposés pendant trois ans.

Le moins que l'on puisse dire, est qu'un vent nouveau souffle dans les relations entre les deux pays.

En effet, une nouvelle étape dans le processus de rapprochement entre le Niger et le Bénin a été franchie à l'issue de 48 heures de discussions entre samedi et dimanche à Cotonou.

Désormais, la réouverture prochaine de la frontière et la relance de la coopération bilatérale entre les deux pays se dessinent à l'horizon.

Ce que l'on sait des progrès dans les discussions entre les deux pays

Conduite par le général de division Mohamed Toumba, ministre nigérien de l'Intérieur de la Sécurité publique et de l'Administration du territoire, une importante délégation nigérienne arrivée vendredi dernier à Cotonou, a eu des séances de travail avec la partie béninoise durant le weekend.

Aux termes des échanges, les deux parties ont annoncé avoir des accords de principe portant notamment sur la coopération sécuritaire, l'exonération des taxes sur le transit, l'interdiction de la mise en consommation de certaines marchandises, la révision de diverses charges, ainsi que le règlement des contentieux en suspens, selon l'agence de presse APA.

''Nous avons verrouillé la priorité sécuritaire. Nous avons également jeté les bases d'une normalisation économique et juridique'', a déclaré le général de division Mohamed Toumba cité par APA, saluant le choix du dialogue pour créer ''de la valeur pour nos économies, de la sécurité pour nos populations et de l'espoir pour notre jeunesse''.

Le ministre béninois de l'Industrie et du Commerce, Oleshegun Adjadi Bakari, a estimé pour sa part que les deux délégations étaient ''parvenues à restaurer un climat de confiance''.

''Après 48 heures passées ensemble, nous formons une seule délégation avec un seul objectif : refaire naître cet amour et ce lien séculaire entre nos deux peuples'', a déclaré Oleshegun Adjadi Bakari.

Les conclusions des discussions doivent désormais être soumises à l'approbation des autorités des deux pays avant leur entrée en vigueur prochainement.

Romuald Wadagni, l'homme du dégel

Le dégel des relations entre les deux pays voisins résulte du changement de régime intervenu au Bénin en avril dernier, avec l'élection du nouveau président.

Une semaine seulement après sa prise de fonction, le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, s'était rendu au Niger le 02 juin dernier, amorçant un dégel des relations glaciales qu'entretiennent les deux pays depuis 2023.

Trois semaines seulement après cette visite, les deux gouvernements sont en passe de concrétiser leurs engagements indiqués dans le communiqué conjoint publié à la suite de la rencontre des présidents Abdourahmane Tiani et Romuald Wadagni.

Dans le document, les deux gouvernements qui avaient annoncé la ''mise en place d'une commission mixte'' chargée d'examiner les événements qui ont mené à la fermeture de la frontière en 2023, s'étaient engagés à lever tous les obstacles au renforcement de leur coopération.

Le président du collectif des conducteurs de gros porteurs du Bénin déclare que ''tous les conducteurs du Bénin et du Niger espèrent le jour j de l'ouverture de la frontière'' et espère que leurs ''difficultés seront

Au-delà de la question frontalière, les deux pays entendent ''relancer leur commission mixte de coopération et renforcer leur coordination dans la lutte contre le terrorisme et le banditisme dans les zones frontalières''.

Aux sources d'une brouille qui a duré trois ans

Les relations entre les deux pays voisins Bénin et le Niger s'étaient fortement dégradées après le coup d'Etat au Niger en juillet 2023 qui a vu l'arrivée au pouvoir du général Abdourahmane Tiani.

Le régime militaire qui a renversé le président Mohamed Bazoum, jugé proche de Paris, a accusé l'ancien président béninois, Patrice Talon et d'autres dirigeants de la région, de vouloir conduire une intervention militaire sous la direction de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) pour restaurer l'ordre constitutionnel.

A plusieurs reprises, les militaires au pouvoir à Niamey ont accusé aussi le Bénin d'abriter des troupes françaises qui chercheraient à envahir leur pays avec des soutiens d'autres Etats de la région, ce que Cotonou et Paris avaient toujours contesté.

La junte nigérienne a mis en cause également le Bénin à la suite des sanctions imposées par la CEDEAO, avec la fermeture des frontières instaurée par l'organisation régionale après le renversement de l'ordre constitutionnel intervenu dans le pays en 2023.

Les relations entre le Niger et le Bénin se sont envenimées par la suite sur fond d'accusation de soutien aux groupes armés qui sévissent au Niger et de putschistes à la suite du coup d'Etat manqué contre Patrice Talon en décembre dernier.

Des conséquences économiques de part et d'autre

Selon l'AFP, ce différend a transformé l'un des corridors commerciaux les plus fréquentés d'Afrique de l'Ouest, en une ligne de fracture géopolitique, mettant à rude épreuve les économies des deux pays et menaçant la coopération régionale au sens large.

''Ce sont les populations des deux pays qui souffrent'', a déclaré Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien travaillant à Cotonou, principal centre commercial du Bénin cité par l'AFP.

''Son entrepôt, autrefois très fréquenté, qui traitait les marchandises à destination des villes nigériennes, est aujourd'hui presque vide'' écrit l'agence.

En 2024, le Secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, Gamatie Mahamadou avait déclaré que ''le corridor Niger-Bénin, est l'itinéraire le plus sûr, le plus rentable et le plus court pour les transporteurs et les entreprises''.

La fermeture des frontières a donc des impacts économiques énormes car ''les communautés frontalières ne peuvent ni commercer, ni accéder à certaines marchandises, en particulier les céréales'' a-t-il indiqué.

Pays enclavé, le Niger dépend fortement du port de Cotonou pour son commerce international. La fermeture prolongée de la frontière a paralysé le commerce, perturbé l'activité économique de part et d'autre.

Le port de Cotonou, qui était la principale voie d'importation et d'exportation du Niger est sérieusement impacté aussi par cette crise politico-économico-diplomatique.

Au plus fort de la crise, le Bénin avait suspendu son autorisation de chargement de pétrole provenant du Niger au port de Seme-Kpodji via un oléoduc de 2 000 kilomètres reliant les champs pétrolifères du nord-est du Niger au Bénin et géré par WAPCO, une entreprise chinoise.

L'activité économique est également au ralenti au Port de Cotonou depuis que le gouvernement nigérien a choisi désormais le port de Lomé pour le débarquement et l'exportation des marchandises en partance ou en provenance du Niger.

Pour les transporteurs nigériens, le choix du Port de Lomé comme voie alternative a également un coût énorme.

Les camionneurs nigériens sont obligés d'effectuer un itinéraire plus long et qui les oblige à passer par le Burkina Faso où ils doivent composer quotidiennement avec les risques d'attaques des groupes djihadistes.